5 ans bénéfiques, 5 ans inoubliables, 5 ans d'apprentissage accéléré, 5 ans de vie ... Retour sur les cinq années qui ont changé toute la vie de La Reine Cléopâtre MBilia Bel aux côtés du Seigneur Tabu Ley Rochereau dans le groupe Afrisa International.
Mbilia Bel (née en 1959 Marie-Claire Mboyo Moseka), est une chanteuse congolaise qui fait ses débuts en musique à l'âge de dix-sept ans en étant danseuse et en interprétant les chansons de Tantine Abeti Masikini, puis, plus tard, des duos avec Sam Mangwana. Elle devient alors célèbre et une valeur sûre de la musique africaine au début des années 1980, quand elle rejoint l'Afrisa International de Tabu Ley Rochereau. Kribios Universal fait un retour sur les cinq années qui ont changé toute la vie de MBilia Bel aux côtés de celui qu'on a surnommé "Le Seigneur de la musique africaine".
Surnommée La Cléopâtre, La Reine ... Ce n'est pas pour rien ! C'est parce qu'elle était aux côtés du Seigneur Ley, son propulseur ou son mentor voir même son mari et père biologique de sa fille Mélodie Tabu. D'ailleurs c'est la naissance de cette dernière qui l'a incitée à prendre une pause de la scène. Cependant, après un dernier album avec Tabu Ley en 1987, elle s'installe à Paris où elle commence une carrière solo accompagnée du guitariste Rigo Star. Entre 1989 et 1990, elle part en tournée aux États-Unis d'Amérique, au Royaume-Uni et en Afrique occidentale. Elle est alors la première femme transcontinentale Diva de l'Afrique.
Tout commence lorsque Michel Sax, saxophoniste de l'Afrisa International de Tabu Ley Rochereau, lui propose alors de remplacer les « Yondo Sisters », deux sœurs danseuses et chanteuses qui viennent de quitter le groupe. Le Seigneur Rochereau l'accueille à bras ouverts après une audition en chant et en danse. C'est lui qui lui donnera même le surnom de « Mbilia Bel ».
La première chanson de MBilia Bel avec Afrisa International, « Mpeve Ya Longo » qui signifie "Esprit Saint" en Kikongo, parue début 1982 sur l'album Bel Ley, aborde le problème des violences conjugales. Dans cette chanson émouvante, elle raconte le calvaire d'une femme abandonnée par son mari et qui a dû élever seule ses enfants. « Mpeve Ya Longo » a touchée une corde sensible auprès des femmes et a reçu une large reconnaissance dans tout le pays, avec une première tournée aux côtés de Tabu Ley en Angola et au Kenya. Cela a été suivi par le single « Yamba Ngai », composé par Tabu Ley, qui a également fait ses débuts la même année.
L'année suivante, en 1983, Mbilia Bel gagne le surnom de « Cléopâtre de la musique zaïroise ». Elle co-écrit et joue sur l'album d'Afrisa International Eswi Yo Wapi, produit en France et ensuite distribué dans divers pays africains, dont le Kenya et le Zaïre. Le single éponyme de l'album remporte le prix de la meilleure chanson, et Mbilia Bel est récompensée comme la meilleure nouvelle artiste. La chanson est classée parmi les « 100 plus grandes chansons africaines de tous les temps » par le magazine hebdomadaire kenyan Daily Nation. C'est le début du succès pour Mbilia Bel qui participe aussi à plusieurs autres chansons cette année-là, comme Lisanga ya Bambanda de Tabu Ley et Quelle Méchanceté de Dino Vangu.
La popularité d'Afrisa International commence à rivaliser avec celle du groupe Tout Puissant OK Jazz de François Luambo. Au cours de cette année, Mbilia Bel est présentée sur l'album d'Afrisa International Faux Pas, publié par Genidia, un label appartenant à Tabu Ley lui-même.
En 1984, elle apparaît dans la production d'Afrisa International, Loyenghe, et interprète ensuite quatre chansons à forte connotation politique avec l'orchestre : « Mobutu Peuple Ba Vote Yo Massivement », « Otumoli Mobutu Otumoli Ba Mama », « La Zaïroise » et « Candidat Ya MPR: Mobutu ». Ces titres soutiennent le régime de Mobutu Sese Seko et sa propagande politique promouvant l'idéologie de l'Authenticité, un parti unique qui met l'accent sur les éléments traditionnels pour renforcer l'image du régime. La même année, elle contribue à deux albums et à un album collectif, dont Bameli Soy, Ba Gerants Ya Mabala, et la collaboration de quatre titres Keyna Et Cadence Mudanda, qui comprend le tube « Nakei Nairobi », qui rend hommage au président kenyan Daniel Arap Moi et lui vaut une reconnaissance considérable en Afrique. « Nakei Nairobi » est classée parmi les « 100 plus grandes chansons africaines de tous les temps » par le Daily Nation.
En 1985, M'bilia Bel participe sur deux albums : Boya Ye, sorti au Royaume-Uni par Sterns, et La Beauté D'Une Femme. Elle participe également au single « Shauri Yako » avec Tabu Ley et Afrisa International et fait ses débuts britanniques au festival World of Music, Arts and Dance de Mersea Island, dans l'Essex, aux côtés d'artistes tels que New Order, The Fall, Toots & The Maytals, Nusrat Fateh Ali Khan, The Pogues, A Certain Ratio et Penguin Cafe Orchestra.
Ses chansons dominent la scène. Parmi elles, Mobali na ngai wana, chanson composée par Tabu Ley et Roger Izeidi. Il s'agit d'une adaptation d'une chanson traditionnelle en Kikongo. Dans la chanson, Mbilia Bel fait l'éloge de son mari comme étant beau et réussi et insiste sur le fait que, même s'il a la possibilité de choisir l'une des belles femmes de Kinshasa, il l'a choisi elle. D'autres chansons ont un gros succès comme Balle à terre et Bameli soja.Vers le milieu des années quatre-vingt, Mbilia Bel épouse Tabu Ley et ils ont une fille, Melody Tabu.
En 1986, pour accompagner sa protégée, Tabu Ley engage une autre chanteuse de 20 ans d'âge, Thérèse Kishila Ngoyi, plus connue sous le nom de Faya Tess. C'est avec cette nouvelle gamme que l'orchestre Afrisa International entreprend une tournée en Afrique de l'Est, se produisant au Kenya, en Tanzanie et au Rwanda, aboutissant à la sortie de l'album Nadina, qui comprend des versions lingala et swahili du titre éponyme. La tournée est bien accueillie. Mbilia Bel occupe le devant de la scène, éclipsant d'autres artistes d'Afrisa International, dont Ndombe Opetum, de retour de l'OK Jazz. Après leur retour à Kinshasa, des rumeurs commencent à circuler concernant une rupture entre Tabu Ley et M'bilia Bel. Tous deux démentent toute discorde lors de leurs entretiens avec la presse. Néanmoins, apparemment Mbilia Bel n'est pas trop heureuse de l'émergence de Faya Tess, bien que toutes les deux ont toujours nié publiquement avoir de problèmes. Mais, elle rejoint Tabu Ley en studio pour l'album Beyanga, produit par Genidia.
Le recrutement de Faya Tess continue d'alimenter les discordes internes au sein d'Afrisa International, impactant la cohérence de l'orchestre sur leur prochain disque Contre ma volonté. Mbilia Bel quitte définitivement l'orchestre à la fin de l'année 1987, invoquant le manque de transparence dans la gestion et la confusion des relations professionnelles et personnelles.
La Reine Cléopâtre se lance alors dans une carrière solo rejoignant brièvement un producteur gabonais à Libreville avant de partir pour Paris où elle accompagne le guitariste Rigo Star Bamundele. Son premier album avec Rigo Star s'intitule PHÉNOMÈNE, paru en 1988 et obtient un énorme succès à Kinshasa comme à l'étranger. Les versions ultérieures telles que Yalowa et Désolé ont rencontré un succès limité.
La consécration de la Reine Cléopâtre Mbilia Bel, la réussite totale de ses prestations à travers de nombreux albums ainsi que dans des tournées triomphales internationales sont à inscrire en lettre d'or au palmarès de Tabu Ley. Elle a fait une carrière impressionnante dans le monde de la chanson et de la danse, grâce à beaucoup de travail et de persévérance.
À en juger au nombre de best-sellers chantées en compagnie de son mentor: Nakei Naïrobi, Shauri Yako, Lisanga ya Banganga, Sarah,... Dans seulement 5 ans, Mbilia Bel a interprété 12 opus au total avec un grand succès : Bel Ley (1982), Eswi Yo Wapi (1983), Faux Pas (1983), Loyenghe (1984), Bameli Soy (1984), Keyna et Cadence Mudanda (1984), Ba Gerants Ya Mabala/Paka Wewe (1984), Boya Ye (1985), La Beauté d'une femme (1985), Nadina (1986), Beyanga (1987) et Contre Ma Volonté (1987).
La pénible séparation entre les deux, musicalement et maritalement, va profondément affecter le bon niveau atteint par l'Afriza International, qui était à son apogée, et aussi bien, la destruction affective que les deux avaient fait de leur union, la plus historique.
Adjuvant KRIBIOS-KAUTA
À suivre