5 ans de prison ferme pour Nicolas Sarkozy: : retour sur les faits de l'affaire Sarkozy-Kadhafi.
L’ex-chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy est incarcéré, près d’un mois après sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans le procès libyen "affaire Sarkozy-Kadhafi", une détention inédite dans l’histoire de la République de France. L'affaire Sarkozy-Kadhafi (ou affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007) est une affaire politico-financière internationale dans laquelle Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur français aurait été soutenu financièrement par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour sa campagne à l'élection présidentielle française de 2007. En contrepartie, Sarkozy aurait servi les intérêts de Kadhafi, notamment en œuvrant à sa réhabilitation sur la scène internationale, après des années d'isolement liées au rôle de la Libye dans des actes terroristes.
Relations entre La France et La Libye.
Tout commence lorsque Sarkozy entretient des bonnes relations avec Kadhafi entre 2005 et 2006. En 2007, la France vend à la Libye des missiles antichars Milan pour 168 millions d’euros et un système Tetra (voir Terrestrial Trunked Radio) de communication radio pour 128 millions d’euros. En décembre 2007, quelques mois après le dénouement de l'affaire des infirmières bulgares dans laquelle la France joue un rôle diplomatique majeur, le dirigeant libyen Kadhafi est reçu à Paris par le président Sarkozy. Cette visite d'État, vue comme une étape importante dans le « processus de réintégration [de la Libye] dans la communauté internationale », suscite cependant une polémique en France. Son séjour en France est accompagné de l'annonce de nombreux contrats, dont la plupart ne sont finalement pas signés. En 2010, à la demande de Sarkozy, le ministre de l'industrie Christian Estrosi signe, en Libye, un accord pour la livraison d'un réacteur nucléaire au l'homme puissant libyen.
Guerre civile libyenne et réaction internationale.
En mars 2011, durant la révolution libyenne, les combats opposant les forces fidèles au colonel Mouammar Kadhafi à celles des rebelles opposés à son régime, auraient fait des milliers de morts. Les insurgés ayant perdu beaucoup de terrain se sont retranchés notamment à Misrata et surtout Benghazi. À la veille de l'assaut final contre cette dernière ville, ils furent alors menacés d'une répression sanglante par le dirigeant de la Jamahiriya arabe libyenne.
Le 10 mars 2011, le président Sarkozy reçoit à Paris les représentants du conseil national de transition (CNT) et est le premier chef d'État à reconnaître officiellement cet organe de l'insurrection comme seul représentant de la Libye. Le lendemain, 11 mars, la France, avec le soutien du Royaume-Uni, soumet au sommet de Bruxelles une demande d'instauration d'une zone d'exclusion aérienne. La chancelière allemande Angela Merkel refuse et recueille le soutien d'une majorité des 27 États de l'Union européenne. Le président Sarkozy se retrouve isolé lors du sommet du G8 à Paris. Cependant, au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite cède aux velléités du Qatar : le roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud a un vieux compte personnel à régler avec Mouammar Kadhafi, soupçonné d'avoir trempé dans un projet d'attentat contre lui, en 2003, à l'époque où il était prince héritier ; et en mars 2009, à Doha, Kadhafi l'a qualifié de « marionnette » des Britanniques et des Américains devant tous ses pairs arabes. La Ligue arabe demande ainsi l'instauration de cette zone d'exclusion aérienne, ce qui permet au président Sarkozy et à son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé de lancer une bataille diplomatique au conseil de sécurité des Nations-unies. L'avancée des troupes de Kadhafi sur Benghazi est telle qu'un massacre de grande ampleur est annoncé. Le président américain Barack Obama rejoint le président Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron.
Reconnaissance du CNT
La reconnaissance officielle du CNT par la France a lieu le 7 juin 2011 lorsque Alain Juppé déclare que le CNT est le seul titulaire des pouvoirs gouvernementaux dans les rapports avec la France. Les autres chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne (UE) ne suivent pas la déclaration du 10 mars, estimant que celle-ci anticipe trop sur l'avenir. Pour sa part le CNT remercie la France pour avoir été le premier pays à les reconnaître la légitimité de leurs actions. Le Qatar est le premier pays arabe à reconnaître le CNT, le 28 mars 2011. Par ailleurs, la chaîne qatarie Al Jazeera, très suivie dans le monde arabe, montre le CNT sous un jour bienveillant.
Intervention militaire en Libye et Mort de Kadhafi.
Le 19 mars 2011, l'intervention militaire en Libye est initiée. Cette opération militaire multinationale sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU), vise la mise en œuvre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle se termine le 31 octobre 2011.
Le 20 octobre 2011, Mouammar Kadhafi est tué. La communauté internationale salue sa mort. Mais le déroulement exact des circonstances de son décès, qui restent confuses, donne lieu à une polémique, ce qui conduit le président du CNT, Moustafa Abdel Jalil, à annoncer le 24 octobre l'ouverture d'une enquête sur sa mort. Le 25 octobre 2011, à l'aube, Mouammar Kadhafi et son fils Moatassem sont inhumés dans le désert libyen, dans un lieu tenu secret.
En septembre 2012, Mahmoud Jibril affirme que c'est un agent de l'étranger, probablement français, qui aurait tué Kadhafi : cette version est reprise par Rami El Obeidi (ex-responsable des relations avec les agences de renseignements étrangères du CNT) et certains diplomates européens en Libye. Des rumeurs en provenance de Libye affirment que l'opération aurait été menée pour éviter tout interrogatoire de Kadhafi au sujet de ses liens avec Nicolas Sarkozy, voire que Bachar el-Assad aurait prêté main-forte aux Français pour localiser Kadhafi.
Tout s'aggrave avec les documents publiés par Mediapart en 2012 et début de l'affaire Kadhafi-Sarkozy. Le 12 mars 2012, Mediapart indique avoir eu accès à une note de Jean-Charles Brisard intitulée « GEN/ NS V. MEMO DG », datée du 20 décembre 2006 et qui est versée le 18 octobre 2011 au dossier d’instruction de l’attentat du 8 mai 2002 à Karachi. Selon ce document, les « modalités de financement de la campagne » de Nicolas Sarkozy («NS») auraient été « réglées lors de la visite Libye NS + BH » le 6 octobre 2005, pour un total de 50 millions d’euros. Le « montage » inclurait une société de « BH » au Panama, ainsi qu'une banque suisse (« ND »). Une autre note du 22 septembre 2005, évoque un « tête-à-tête » de Nicolas Sarkozy « avec le Leader », la remise des « CV de NS et BH » à Kadhafi et la négociation de plusieurs marchés de sécurité et d’armement. Les policiers auraient aussi trouvé parmi les documents de Ziad Takieddine des lettres de Nicolas Sarkozy (10 septembre 2005), Claude Guéant (23 septembre 2005), Brice Hortefeux (15 novembre 2005) adressées aux autorités libyenne. Le 15 mars 2012, Mediapart présente l'auteur de la note, Jean-Charles Brisard, qui confirme la présence de Brice Hortefeux dans le montage financier.
Le 28 avril 2012, Mediapart publie un document écrit en arabe, daté du 10 décembre 2006 et signé par Moussa Koussa, alors chef des services de renseignements extérieurs libyens. Le document indique que le régime libyen de Kadhafi a décidé de débloquer une somme de 50 millions d'euros pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, en autorisant le directeur de cabinet de Kadhafi, Béchir Salah Béchir, à entreprendre les versements secrets.
Procès intenté et perdu par Nicolas Sarkozy.
Le 30 avril 2012, Sarkozy dépose une plainte contre Mediapart pour « faux » et « usage de faux », « recel de faux » et « publication de fausses nouvelles ». La plainte vise le site Mediapart, son directeur de la publication Edwy Plenel ainsi que les deux journalistes Fabrice Arfi et Karl Laske qui ont signé l’article faisant état d'une note à propos d'un soutien libyen à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.
Le 3 juin 2016, la procédure initiée par Nicolas Sarkozy se solde par un non-lieu, l'accusation n'ayant pu démontrer qu’il s’agissait d’« un support fabriqué par montage » ou « altéré par des falsifications ». Le non-lieu est rendu définitif par la Cour de cassation au début de l’année 2019.
Plainte de Mediapart contre Nicolas Sarkozy.
Mediapart considère que la plainte de Nicolas Sarkozy vise à « intimider les journalistes » dans une « démarche exceptionnelle (qui) vise à contourner la procédure spéciale prévue par la loi sur la presse » puisqu’« une procédure du chef de diffamation aurait exigé un débat public devant le Tribunal correctionnel ainsi que la production des preuves et des témoins ». Ainsi, Mediapart dépose plainte à son tour, le 2 mai 2012, auprès du procureur de la République de Paris contre Nicolas Sarkozy et X… du chef de dénonciation calomnieuse. Le 16 mai 2012, Mediapart dépose quarante-cinq pièces, auprès du procureur de la République de Paris, à l’appui de sa plainte.
À suivre...
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À suivre