Coup d'œil sur les activités politiques et diplomatiques du célèbre Saïf al-Islam Kadhafi

Coup d'œil sur les activités politiques et diplomatiques du célèbre Saïf al-Islam Kadhafi

En 1995, Saïf al-Islam Kadhafi obtient un diplôme d'architecte de l'université de Tripoli, ce qui lui vaut le surnom d'« ingénieur Saïf ». Dans les années 1990, son « tuteur » pour les affaires d'État est Moussa Koussa, chef des services de renseignement de son pays. Parti en Europe compléter sa formation, il obtient à Vienne un diplôme d'économie et de management (MBA) de l'école autrichienne IMADEC. En parallèle, il prend la tête de la Fondation internationale Kadhafi pour la charité et le développement, créée en 1998 et gère à ce titre diverses situations diplomatiques.

À l'été 2000, Saïf al-Islam Kadhafi montre la bonne volonté du régime libyen en versant la rançon de 25 millions de dollars demandée aux Philippines par le groupe Abou Sayyaf pour libérer six otages occidentaux. Saïf al-Islam Kadhafi offre alors un visage jugé « dynamique », ou « moderne et avenant », au régime de la Jamahiriya arabe libyenne, éprouvé par des années d'embargo économique et d'isolement politique.

Il multiplie les rencontres avec les milieux politiques, financiers et diplomatiques occidentaux, où il est longtemps considéré comme un interlocuteur valable pour qui voudrait traiter avec la Libye, mais pas directement avec Mouammar Kadhafi. Il se montre progressivement critique envers le régime de son père, dont il préconise l'évolution vers la démocratie. Outre les activités caritatives de sa Fondation, Saïf al-Islam Kadhafi patronne également des initiatives culturelles : en 2002, la Fondation Kadhafi organise à Londres une exposition d'art libyen, comportant plusieurs de ses propres tableaux.

À la tête de sa Fondation, Saïf al-Islam Kadhafi mène des négociations délicates pour résoudre certaines des crises provoquées par son père. En 2004, il négocie avec plusieurs pays occidentaux l'accord d'indemnisation des victimes de deux attentats ayant impliqué la Libye, celui de Lockerbie contre un Boeing 747 de la Pan Am en 1988, et celui ayant conduit à l'explosion du vol 772 d'UTA au-dessus du Niger en 1989.

En 2007, il est chargé du dossier de l'affaire des infirmières bulgares. À cette occasion, il déclare en août 2007 que le règlement du dossier s'est fait en contrepartie d'un contrat d'armement avec la France et du retour en Libye de Abdelbaset al-Megrahi, détenu au Royaume-Uni pour l'attentat de Lockerbie.

Anglophone, germanophone et parlant un peu le français, Saïf al-Islam Kadhafi est reçu dans les chancelleries comme un « ministre des affaires étrangères bis ».

Un mois après le succès diplomatique remporté dans l'affaire des infirmières bulgares, Saïf al-Islam Kadhafi propose un programme de réformes de la Jamahiriya arabe libyenne, portant notamment sur la liberté de la presse et l'élaboration d'une Constitution. En août 2007, il prononce devant plusieurs milliers de jeunes partisans un discours présentant les grandes lignes d'un projet de nouvelle constitution, tout en soulignant que des « lignes rouges » sont à respecter : « l'islam et l'application de la charia islamique, la sécurité et la stabilité de la Libye, l'unité du territoire et Mouammar Kadhafi ».

Tout en continuant de juger pertinents les principes du Livre vert de son père, il déclare : « Le système de gouvernance en Libye doit être revu en profondeur, c’est la priorité numéro un ». Sous la houlette de sa Fondation, le gouvernement libyen entame un dialogue avec les islamistes du GICL. Une équipe de juristes étrangers est engagée pour plancher sur le projet. Menant campagne pour l'ouverture de la Libye aux médias privés, Saïf al-Islam Kadhafi lance à la même époque un groupe de médias, Al-Ghad, composé de la première chaîne de télévision privée, ainsi que des deux premiers journaux privés du pays.

En 2008, il obtient un doctorat (PhD) d'économie de la London School of Economics (LSE) pour une thèse intitulée Le rôle de la société civile dans la démocratisation de la gouvernance globale des institutions : du « soft power » à la décision collective ? Il conserve ensuite des liens avec cette université, dont il finance le programme d'études sur l'Afrique du Nord à hauteur de 1,8 million d'euros sur 5 ans à partir de 2009.

La volonté réformatrice de Saïf al-Islam Kadhafi n'est cependant pas toujours couronnée de succès et, sur le plan économique notamment, doit faire face à l'opposition de la « vieille garde » du régime, menée par le chef du gouvernement Baghdadi Mahmoudi. En novembre 2008, il effectue une visite diplomatique à Washington, ce que son père n'avait jamais fait ; une partie de l'entourage de Mouammar Kadhafi lui reproche alors de se plier aux demandes des États-Unis d'Amérique.

Diverses informations évoquent une rivalité, dans le cadre de la future succession de Mouammar Kadhafi, entre Saïf al-Islam Kadhafi et son frère Moatassem, proche des services de sécurité. Saïf al-Islam Kadhafi lui-même dément toute rivalité familiale.

Apparemment tombé dans une certaine disgrâce auprès de son père du fait de sa liberté de ton, Saïf al-Islam Kadhafi annonce le 20 août 2008 son retrait de la vie politique pour se consacrer à des activités sociales ; il déclare avoir mis le « train des réformes sur les rails », tout en appelant à la construction d'une société civile « forte ». Les médias privés qu'il avait lancés sont nationalisés la même année.

Au début de l'année 2009, Saïf al-Islam Kadhafi revient pourtant sur le devant de la scène, ayant amélioré ses rapports avec la vieille garde du régime, principalement incarnée par les « Comités révolutionnaires ». Il paraît alors avoir pris l'avantage sur son frère Moatassem Kadhafi dans la future succession de son père, et ses réformes semblent pouvoir se concrétiser. Le 21 août 2009, c'est lui qui accueille l'ancien agent libyen Abdelbaset al-Megrahi, responsable de l'attentat de Lockerbie à son retour en Libye après sa libération pour raisons médicales.

En octobre 2009, il est nommé à un poste institutionnel permanent en devenant « coordinateur général des Commandements populaires et sociaux ». Sa position, qui doit l'amener à chapeauter le Congrès général du peuple (parlement de la Libye) et le Comité populaire général (gouvernement) est analysée comme étant celle de « numéro deux » de la Jamahiriya arabe libyenne et renforce son image de successeur potentiel. Il signe alors un accord de réconciliation avec les djihadistes et annonce un vaste chantier de réformes politiques et économiques. Néanmoins, il semble continuer de faire face à une opposition de la part des conservateurs du régime, et ne prend pas ses fonctions dans les mois qui suivent l'annonce de sa nomination. Sa Fondation annonce en 2010 qu'elle ne s'impliquera plus dans la politique intérieure libyenne, pour se concentrer sur les actions de bienfaisance à l'étranger. Au moment du déclenchement de la révolte de 2011, il n'a toujours pas pris de poste officiel au sein du gouvernement de la Jamahiriya, tout en continuant d'être perçu comme la seconde personnalité la plus influente en Libye.

La mort de Saïf al-Islam est annoncée le 3 février 2026 avec des photos montrant son corps à l'arrière d'un pick-up. Il a été assassiné par un commando de quatre personnes au domicile d'Ajmeri Al-Atiri, chef d'une milice locale de Zintan qui l'hébergeait et assurait sa protection. Lors de l'attentat, Ajmeri Al-Atiri et son fils sont également tués. Les membres du commando, non identifiés, réussissent à disparaître. Ses funérailles, rassemblant des milliers de personnes, se tiennent le 6 février à Beni Walid, fief du kadhafisme, dans l’ouest de la Libye.

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