Les musiques congolaises: coup d'œil sur la rumba congolaise, patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
Les musiques congolaises ont été les plus populaires pendant plus de 70 ans, même si, aujourd'hui, elles sont détrônées par d'autres musiques africaines, ses dérivées d'ailleurs: Afrobeats, Naija, Bongo Music et Zouglou. Parmi elles, nous pouvons citer Rumba congolaise, Ndombolo, Soukous, Sebene, Mutuashi, Cavacha, et folkloriques des ethnies de deux rives du Congo. Dans les années 40 et 50, la rumba “Congolaise”, jusqu’alors jouée traditionnellement avec la sanza et le lokole, est modernisée par un groupe de pionniers qui transformèrent sa structure musicale avec l’introduction de la guitare électrique, des congas et des cuivres. Il y avait alors une certaine influence de la musique Cubaine de l’époque – rumba, son et cha-cha-cha – et l’apport de sons régionaux et folkloriques des paysans qui migraient vers les villes. La rumba changea notamment sous l’impulsion créatrice de Joseph Kabasele “le Grand Kalle” et les membres de son groupe African Jazz. Tabu Ley Rochereau, Mwamba Déchaud, Tino Barroza et Nicolas Kasanda (alias Dr. Nico) vont tous également jouer un rôle important dans cette musique. D’autres formations contribuèrent à l’essor de cette musique surtout urbaine : l’OK Jazz (1956) de Franco Luambo Makiadi, les Bantous de la Capitale (1958), l’African Fiesta de Tabu Pascal Ley (1963) (plus tard connu sous le nom de Tabu Ley Rochereau). Leur inventivité et la vitalité de la scène locale firent de la rumba la marque de fabrique musicale du Congo, la première “musique de danse” panafricaine. Depuis la date du 14 décembre 2021, la rumba congolaise fait désormais partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Kribios Universal vous parle de "La rumba congolaise en général".
La rumba congolaise est un genre musical apparu en République du Congo et en République démocratique du Congo. Le mot rumba dérive du mot kikongo Nkumba, langue officielle du groupe ethnique Bakongo. La rumba congolaise est liée au sous-genre musicale : cuban son. Le cuban son est lui même influencé par le Palo Kongo. Cette tradition afro cubaine est issu du Royaume Kongo. Le Palo Kongo a eu une forte influence sur les formes de musique populaires comme la Rumba, le Son et le Mambo à Cuba. Les afro-cubains tel que Arsenio Rodriguez, dont le grand-père était d’origine Bakongo, né à Güira de Macurijes, Matanzas, ont utilisé les sonorités traditionnelles des Bakongo. La rumba cubaine et congolaise sont connectés par des racines communes issues de l’Afrique centrale. Les principaux instruments utilisés dans la rumba cubaine sont bantous et Kongo tel que le: Conga drum, yuka drum, Yambu, makuta.
Les décennies qui suivent l'indépendance des deux pays, à partir de 1960, sont l'âge d'or de la rumba congolaise. On peut citer parmi ses représentants les formations: African Jazz, Les Bantous de la capitale, TP OK Jazz, des musiciens tels que Wendo Kolosoy, Paul Kamba, Pamélo Mounka, Franco Luambo Makiadi, Jean-Serge Essous, Tabu Ley Rochereau, Antoine Moundanda, Les Bantous de la Capitale de Brazzaville, Youlou Mabiala, Papa Noël Nedule, Sam Mangwana, Jimmy Zakari, Aurlus Mabele, Loketo, Théo Blaise Kounkou, Madilu System et Michelino Mavatiku Visi.
La transplantation au Congo de la rumba cubaine s'effectue à la fin des années 1930, par un curieux aller-retour de l'histoire entre les Caraïbes et l'Afrique. Elle s'explique par le passage des cargos transatlantiques dans les ports de l'Afrique de l'Ouest, et par les échanges entre kroumen et marins cubains qui leur apportent des 78 tours de firme EMI, et notamment les disques GV de ce catalogue EMI. Cette musique pénètre dans les terres, en suivant le cours du fleuve Congo, jusque Brazzaville et Leopoldville. Le terreau se révèle propice au Congo où, contrairement à l’ancien empire mandingue (Mali, Guinée, Sénégal…), la musique n’est pas réservée à la caste des griots.
Ces 78 tours « GV », soit près de 250 titres édités, constituent le point de départ la rumba congolaise. Ils sont importés par les épiciers grecs installés dans les quartiers « indigènes » des grandes cités congolaises, qui recourent au gramophone à manivelle. Constatant le succès de cette musique, certains de ces épiciers improvisent dans leur arrière-boutique un studio d'enregistrement. C'est ainsi que Nico Jeronimis fonde les éditions Ngoma, qui publient en 1948 le premier tube congolais, Marie-Louise, composé par un mécanicien de bateaux du fleuve Congo, Antoine Wendo Kolosoy. Rapidement, le lingala et d’autres langues syncopées de la région supplantent l’espagnol de la rumba cubaine et le français de la société bourgeoise congolaise. La rumba congolaise est née.
Les années phares de la rumba congolaise se situent entre les années 1940 et la fin des années 1950 (rumba traditionnelle), et entre le début des années 1960 et le début des années 1970 (rumba fortement imprégnée de l'identité culturelle congolaise). Luambo Makiadi modifie et donne une identité à la rumba proprement dite congolaise avec sa manière de jouer de la guitare. Elle perdure ensuite avec de grands noms, tels que Papa Wemba (Zonga Zonga), Les Bantous de la capitale et Dr Nico Kasanda (Tu m'as déçu Chouchou).
Aujourd'hui, cette rumba semble avoir une variété : elle a engendré le soukous fondé par l'orchestre Sinza de Brazzaville et le ndombolo, un style de musique populaire auprès des jeunes grâce à son rythme très saccadé associant des instruments musicaux modernes importés de l'Occident, et le Ngwasuma caractérisé par une ambiance totale associant des instruments aux cris d'un atalaku. Yonda Sister - Mbuta Mutu. Les orchestres comme Wenge Musica, Extra Musica, Bana Poto-Poto, Nouvelle Ecriture, Zaïko Langa Langa, Empire Bakuba, Viva la Musica, Quartier Latin et Big Stars, incarnent la nouvelle phase de cette musique dont les artistes naissent comme des champignons. Les plus connus sont Aurlus Mabélé (le roi du soukouss), Papa Wemba (le roi de la rumba), Koffi Olomidé (le roi du tchatcho), Werrason (le roi du Ndombolo) avec JB Mpiana, Doudou Copa, Pierrette Adams, Patrouille des Stars, Felix Wazekwa, Fally Ipupa et Ferré Gola.
Le Tchatcho, autrement dit la rumba de Koffi Olomidé, est le style de rumba adopté par une grande partie des artistes congolais à partir des années 1990, mais c'est une rumba des années 60 Le cha-cha-cha, développé par Tabu Ley Rochereau et popularisé par Koffi Olomide aux années 90.
Le Cuba, l’île dont la rumba avaient inspiré de nombreux musiciens congolais de cette époque et les deux Congo ont des points communs. La connexion est directe car pendant la période coloniale de nombreux Congolais furent forcés de partir pour Cuba en tant qu’esclaves. La survivance de leur musique a été la clé de la création de la rumba traditionnelle dans les ports de Matanzas et La Havane. Les retrouvailles ont pour témoins Manu (‘Makossa man’) Dibango, qui avait vécu des chaudes nuits de Léopoldville (l’actuelle Kinshasa); et de ses premières années où il jouait avec l’African Jazz.
Cette musique imprégnée dans la culture congolaise est riche par la diversité des thèmes inspirant les chansons. Trait d’union entre les deux États et leurs capitales Kinshasa et Brazzaville qui se font face sur chaque rive du fleuve Congo, la rumba congolaise a un impact qui dépasse le seul cadre musical. Impossible de la déconnecter des danses qui l’accompagnent et sans cesse se renouvellent, ou encore de son volet vestimentaire, porté à son paroxysme par les représentants de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes) et son prince, le chanteur Papa Wemba.
La rumba congolaise, chantée en lingala, va devenir le soukous et le ndombolo des quatrième et cinquième générations de la musique congolaise (JB Mpiana, Werrason, Koffi Olomidé, Papa Wemba…) en y incorporant des influences locales et antillaises.
En décembre 2021, l'Unesco décide d'inclure la rumba congolaise dans la liste des éléments du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Elle rejoint dans cette liste la rumba cubaine, inscrite en 2016 et, pour l’Afrique centrale, les polyphonies pygmées de Centrafrique, inscrites en 2003 ou les tambours du Burundi inscrits en 2014.
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À suivre